Aimer, s'aimer, nous aimerBernard Stiegler
La violence et l'insécurité dans lesquelles nous vivons - aussi exploitées qu'elles puissent être fantasmatiquement, voire manipulées de manière délibérée - relèvent avant tout d'une question de narcissisme, et sont le fait d'un processus de perte d'individuation. Il s'agit de narcissisme au sens où un homme comme Richard Durn, assassin d'un nous - assassiner un conseil municipal, représentation officielle d'un nous, c'est assassiner un nous - souffrait terriblement de ne pas exister, de ne pas avoir, disait-il, le " sentiment d'exister " : lorsqu'il tentait de se voir dans une glace, il n rencontrait qu'un immense néant.
C'est ce qu'a révélé la publication d son journal intime par Le Monde.
Durn y affirme qu'il a besoin de " faire du mal pour, au moins une fois dans [sa] vie, avoir le sentiment d'exister ". Richard Durn souffre d'une privation structurelle de ses capacités narcissiques primordiales. J'appelle " narcissisme primordial " cette structure de la psychè qui est indispensable à son fonctionnement, cette part d'amour de soi qui peut devenir parfois pathologique, mais sans laquelle aucune capacité d'amour quelle qu'elle soit ne serait possible. Freud parle de narcissisme primaire, mais cette expression ne correspond pas tout à fait à ce dont je parle : elle désigne l'amour de soi infantile, une époque précoce de la sexualité. Freud parle aussi de narcissisme secondaire, ce qui survient à l'âge adulte, mais il ne s'agit encore pas de ce que je nomme le narcissisme primordial, qui est sans doute plus proche de ce que Lacan désigne dans son analyse du " stade du miroir ". Il y a un narcissisme primordial aussi bien du je que du nous : pour que le narcissisme de mon je puisse fonctionner, il faut qu'il puisse se projeter dans le narcissisme d'un nous. Richard Durn, n'arrivant pas à élaborer son narcissisme, voyait dans le conseil municipal la réalité d'une altérité qui le faisait souffrir, qui ne lui renvoyait aucune image, et il l'a massacrée.


Le développement insoutenable Pour une conscience écologique et sociale
Stéphane Bonnevault
Intrigué, à l'origine, de voir s'enflammer la cote du concept de « développement durable » sur le « marché des idées », il questionne en amont l'évidence du bien-fondé de notre fameux développement. Son essai Développement insoutenable. Pour une conscience écologique et sociale est l'aboutissement de cette démarche.

Le nouvel esprit du capitalisme
Luc Boltanski et Eve Chiapello
Ce livre est né du trouble suscité par la coexistence d'une dégradation de la situation économique et sociale d'un nombre croissant de personnes et d'un capitalisme en pleine expansion.Pourquoi la critique du capitalisme, si vive dans les années soixante, se réduit-elle aujourd'hui à des invectives incapables de proposer des voies alternatives ? Les changements du capitalisme sont-ils inéluctables et si bénéfiques ? Pourquoi ce "désarroi idéologique" ?
S'inspirant de la problématique de Max Weber, les auteurs montrent que de nouvelles valeurs, inspirant les discours du management, ont rendu tolérable et permis la réussite de ce nouveau capitalisme fondé sur l'initiative des salariés et l'autonomie de leur travail. Ce "nouvel esprit du capitalisme" a en particulier incorporé la "critique artiste" qui s'était épanouie en mai 1968 en revendiquant "une exigence de libération, d'autonomie et d'authenticité" que le capitalisme hiérarchisé et aliénant ne pouvait satisfaire. Cette somme qui brasse avec bonheur les apports des différentes sciences sociales s'adresse à un public averti. En montrant combien à chaque âge du capitalisme celui-ci a besoin d'une idéologie qui légitime ses pratiques, les auteurs en appellent à une relance de la critique pour limiter son expansion démesurée.
" Objets - chômages " : une invitation à témoigner autrement en demandant à des personnes de choisir un objet qui symbolise pour elles leur vécu du chômage et en écrivant sur une étiquette pourquoi elles avaient choisi cet objet. Les premiers objets chômages étiquetés ont été exposés au Musée de l’Homme à Paris, en février 2004. De cette exposition " Pauvres de nous, une expo pour agir " (organisée par Emmaüs), a émergé l’idée de la création d’un livre de photographies, actuellement en cours de réalisation. Ceci afin de diffuser plus largement ces témoignages, et sensibiliser le public sur ce que vivent les demandeurs d’emplois, au-delà du cercle des acteurs de la lutte contre l’exclusion et le chômage. Je suis allée à la rencontre de ces femmes et de ces hommes entre 24 et 67 ans, à Paris et en province, dans le lieu qu’ils ont choisi : leur lieu de vie, ou un lieu qu’ils affectionnent particulièrement. Un endroit qui est en lien avec la puissance évocatrice de l’objet, soigneusement choisi et pensé.
Raymond Rochette, dessins
Éditions Ecomusée de la Communauté Urbaine Le Creusot-Montceau, 1997